Est-ce vraiment autre chose ? La danse est la même pourtant, financée ou non, la musique y est pourtant bien  plus forte, et c’est toute une partie de la ville qui peut se retrouver bloquée.

Parlons plutôt d’hermétisme, reposant sur a priori, habitudes, et peur instinctive de l’autre ! Ou réflexion de leur propre timidité ; parce qu’il n’oserait le faire, il le regarde, avec un fond de gêne, et rejette ce que l’autre fait ; avec l’aide de la police et organismes dirigeantes. La danse mérite-t-elle la répression, est-elle dangereuse ? Désordre ?

Zoom sur la situation de la danse de rue à New York, illustrant bien les faits :

Aux Etats-Unis d’Amériques, la danse de rue est prohibée. En particulier le hip-hop, et ce depuis 1982, un concept répondant au nom de Broken Window Theory (« La théorie de la vitre brisée », ou par extension « qui vol un œuf vol un bœuf »), ayant pour objectif de neutraliser toute possibilité de dérive criminelle dans l’œuf (Comment ? quelqu’un à parlé de discrimination?). Parce que évidement, la danse de rue, surtout le hip-hop, c’est la mauvaise populace qui le fait, et voir ces individus venir partager, certes plus ou moins pacifiquement selon le regard qui leur est réservé, tout droit sortis des ghettos noirs, ça dérange facilement et signe de débordements potentiels…

Depuis, cette culture s’est certes médiatisée, est acceptée. En principe, car les mesures sécuritaires existent toujours, et se sont même intensifiées. Surtout dans les métro, où des danseurs s’adonnent à des performances dans les trams, au milieu des passagers. Un chiffre éloquent, le seul mois de mars 2014 compte trois fois plus d’arrestation (pour avoir dansé dans les trams de métro) que l’entièreté de l’année 2013.

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Un lieu atypique, surprendre les personnes, offrir quelque chose plutôt que s’enfermer et atterrir au boulot… Ça semble partir d’un bon sentiment pourtant, non ?

Voici un court documentaire (en anglais) éclairant, réalisé par Scott Carthy sur ces danseurs de métro.
https://vimeo.com/115476131

Les danseurs veulent partager, s’exprimer et cherchent la reconnaissance. Les politiques voient ces danseurs comme problématiques, sources de débordements potentiels et déragent l’ordre public. Evidemment qu’il y a eu quelques comportements problématiques, mais de là à agir si drastiquement… Et les passants… pris entre deux feux. Tantôt conditionnés, tantôt dérangés, à juste titre parfois, tantôt réceptifs… Libre devrait être leur choix et l’appréciation de ces performances artistiques devraient être bien plus sous le joug des peuples, que celui de la politique telle qu’elle l’est à New York. Ainsi nous pourrions parler de liberté d’expression et de démocratie.

« Peace, love, unity and having fun »  (la paix, l’amour, l’unité et s’amuser) , les valeurs du hip hop. Est-ce vraiment le genre de philosophie à craindre ?
Dans une société si peu dansante, tant à l’affût du regard des autres sur soi, doit-on vraiment laisser faire cet appauvrissement de la sollicitation artistique ? Internet et les médias aident dirons certains, mais il y a les limites. Limiter les démarches artistiques consistants à partager, à travers le corps, le mouvement… Mieux qu’à travers la musique dans la rue, la danse c’est l’Autre bien plus à nu, qui communique, face à nous, d’égal à égal, posant consentement la question « pourquoi ne bouges-tu pas, toi ? ». Voilà où est sa force et qui dérange parfois.

On le sait, à trop aseptiser, on se rend plus faible…  Cela vaut pour les arts de rue.

Musique, danse, théâtre improvisé en pleine rue, rien n’est fait contre le passant, il ne dérange personne au fond, mais parce que les habitudes s’en trouvent un tant soit peu malmenées et la monotonie des rues écorchées, il nait comme un malaise. Un effet où joue aussi le contraste grandissant entre l’art vivant, qui vient vers l’autre, et s’acte et s’impose directement à nous, – et la culture à la carte, rendue possible par les supports médias. On tend à choisir ce que l’on veut voir, amoindrissant alors les chances de réelles découvertes, ainsi que son pouvoir altruiste et (im)pertinent. Et plus cette situation est maintenue, plus elle s’ancre dans nos sociétés. C’est le pouvoir de l’art même qui est mis en danger. Que l’on aime ou que l’on aime pas, il doit y avoir la possibilité de se poser les questions et d’outre passer les limites. Faut s’bouger !

par Stéphane VERO