Ce soir c’est le lancement de notre chronique ZOOM SUR… et l’on plonge dans l’univers de Stéphane Vero, membre pour quelques mois dans Corps&Arts, qui a réfléchi sur le rapport entre la danse et la technologie. On vous laisse découvrir et apprécier notre petite nouveauté !

___________

Quel pourrait bien être l’art qui n’a pas eu ses évolutions, au rythme des époques ? Aucun. Bien entendu les précédentes époques ne se font pas effacer par les suivantes, mais évoluent constamment ; y compris la danse.

Ces évolutions s’opèrent à deux niveaux :
– celui de la réflexion, où se mêlent mœurs, actualité, courants de pensée – et matériel, selon les avancées technologiques et scientifiques.

Les deux mis ensemble, conditionnés selon l’inspiration, la société, et la technique de l’artiste, définissent l’œuvre, ou un concept.

Pourquoi cette évolution ?

Eh bien parce que hasards et expériences toujours se faisant, les nouvelles idées et nouvelles possibilités suivent ; mais aussi parce que sciences et arts s’avèrent étroitement liés, sont ces deux « contraires » dont les nuances font les grands pans du genre humain et évoluent ensemble, l’un selon l’avancée de l’autre. Autant une recherche scientifique sera reprise, puis détournée par l’art, autant dans la création artistique peut se trouver une avancée scientifique : l’esprit humain crée pour sa survie et sa croissance physique (sciences) et pour celle qui relève de l’intellect/esprit (art).

L’Art, la Danse, se doivent d’être à l’image de la société, être connectée à la réalité dans laquelle elle née et pouvoir questionner.

Quelques illustrations

On peut considérer que c’est en 1965, avec le travail du chorégraphe Merce Cunningham, qu’a lieu la première introduction de la technologie dans la danse. A l’aide de capteurs de mouvements étaient créés des sons selon les mouvements des danseurs, l’idée étant de tendre vers une interaction de la danse sur l’espace, et y insérer une part de hasard.

https://www.youtube.com/watch?v=yOAagU6cfBw (Variations V (1966) – Merce Cunningham Dance Company)

Les rapports entre la technologie et la danse se sont aussi faits par l’image, Merce Cunningham ayant été l’un des premiers chorégraphe à avoir utilisé la vidéo comme une part de l’œuvre-même, et non pas comme simple témoin/mémoire de la performance. Il est également connu pour ses projections informatiques lors de ses performances.
Voici un succin portrait du bonhomme et de son œuvre pour les curieux : http://www.ina.fr/video/1851300001028

L’interaction technologique dans la danse ouvre donc de nouvelles possibilités, esthétiques et sémiologiques. Elle peut permettre au spectateur de se détacher plus aisément des limites issues de l’environnement, voire de l’identité du danseur.

Par exemple, par des jeux de lumière : (Amazing Tron Dance performed by Wrecking Orchestra)

Ici totalement détaché de tout repère spatial, le(s) danseur(s) peu(ven)t donner une toute autre perception du temps et du mouvement. Ces chorégraphies ne sont pas sans rappeler ce que l’on voit au cinéma, cet art qui saisi et monte l’image. Une sorte de nouvelle appréciation du temps et du corps à travers la danse en somme, le corps du danseur passant à l’état « montage vidéo ».

Détaché des repères spatio temporels, voici le concept de Martine Époque et Denis Poulin, où c’est le corps-même du danseur qui ‘‘disparaît ». Celui-ci n’est plus que mouvements, grâce au travail informatique, modélisant la chose sous forme de particules…

La danse à l’état pur ? : https://vimeo.com/42165239

Réflexion sur l’identité du mouvement, de l’homme dans sa société moderne, nouvelle esthétique, interaction danseur/technologie ; les quatre en même temps ?

Une parfaite représentation de la « Danse High Tech » :
https://vimeo.com/114767889 (Pixel, Extrait – Mourad Merzouki)

La chorégraphie, cet art où les âmes racontent et mettent en scène l’interaction du monde et de la société contemporaine, avec le monde numérique. Voici ce qui pourrait être un aperçu de ce que serait un spectacle de danse mêlé à la réalité augmentée. Il ne s’agit ici « que » de chorégraphie au milieu de projections 3D, mais peu de temps faudra-t-il sûrement pour que les avancées et coûts technologiques permettent des spectacles de cette ampleur, où les effets spéciaux seront réellement en conséquence des mouvements (et du son?).

Devient ainsi possible par la synergie Danse-Technologie, l’appréciation d’une réalité surréaliste, où l’esprit du spectateur peut plus facilement laisser libre-court à l’imagination, toucher au rêve, l’introspection, que s’il était confronté aux danseurs évoluant dans un monde aux mêmes normes que les siennes. Les forces du questionnement décuplées par l’ivresse de la nouveauté et des esthétiques.

Après des débuts expérimentaux, et il faut le dire, peu ouverts au public non averti, alors que les représentations semblaient manquer de sens, jouant plutôt avec de nouvelles découvertes technologiques, les moyens actuels permettent aujourd’hui une danse à la fois en symbiose quasi parfaite avec les technologies, et capable d’évoquer, atteindre, et de plaire à tous. Un nouvel art ? ou un art en constante évolution ? 

Tenez, pour avoir été jusqu’au bout de mon premier article, je vous offre ce sublime spectacle ‘Pixel’, en son intégralité : http://concert.arte.tv/fr/pixel-par-mourad-merzouki-au-festival-kalypso

Bonne soirée….